Lecture analytique n°24 : "Quand je danse, je danse... ", Les Essais

Introduction

L’auteur

Michel de Montaigne (XVIe siècle) est né en 1533 : il est issu d’une famille de riches négociants bordelais. Il siégera cinq ans au parlement de Bordeaux. En 1580, il publia ses Essais, son seul et unique succès littéraire. En 1581, il devint maire de Bordeaux. Durant ce laps de temps, il continua à écrire dans ses Essais et à amplifier son contenu.
On peut le qualifier d’écrivain humaniste, influencé par la pensée antique.

  • A l’origine, les grandes découvertes de la Renaissance vont inviter l’homme à se repositionner par rapport au monde.
  • Rejet de l’anthropocentrisme
  • Une réflexion sur plusieurs thèmes dont l’éducation

Un essai autobiographique

  • Ligne 1 : Parallélisme accompagnée de deux tautologies1). ⇒ Importance du pronom personnel “je”, un “je” qui organise les Essais. Une oeuvre ouverte qui permet l'expression de la subjectivité. ⇒ C'est une écriture du “moi”.
  • “Je me promène” : verbe pronominal. “à moi” : Pronom personnel tonique, mis en évidence en fin de phrase. “Mes pensées” : pronom possessif. ⇒ Évocation du quotidien de l'essayiste.
  • Lignes 6-7 : L'autobiographie et son “je” laisse progressivement sa place au “nous”. Le propos de Montaigne devient plus généralisant.
  • Second paragraphe “Je ne dis pas que … je dis que” : forme d'opposition. ⇒ On suit le cheminement de la pensée l'auteur. C'est un discours en mouvement, vivant, qui prend la forme d'un échange avec le lecteur (la doxa2)).
  • Quatrième paragraphe : Le dernier paragraphe est le chaînon de la pensée didactique. Le “je”, représentation du maître (magister) laisse la place au “vous”, qui représente le disciple, l'élève. Finalement, le “je” de Montaigne n'était qu'un artifice pour laisser arriver la généralité du discours.

La définition d'un art de vivre humaniste

  • Ligne 1 “Terreau du raisonnement” : La démarche argumentative est inductive3). ⇒ Simplicité des actions décrites ⇒ L'Homme doit ce centrer sur l'action à effectuer.
  • Lignes 2-4 : Même si Montaigne se disperse parfois dans l'une des ses activités, il revient toujours vers l'objet de cet activité. ⇒ On devine l'importance accordée à la nature par les humanistes (via la promenade bucolique).
  • Lignes 4-6 : référence à la Nature via une personnification et l'adverbe modalisateur “maternellement”. ⇒ C'est le mythe de mère Nature. Cette nature crée en nous des besoins, qui doivent apporter une forme de satisfaction. ⇒ Philosophie de l'épicurisme (“carpe diem” ou savoir vivre au jour le jour).
  • Lignes 6-7 “non seulement … mais aussi” : latinisme ⇒ La raison nous pousse à combler nos besoins naturels. ⇒ Mais une forme de désir se crée aussi, liée à la notion de plaisir. Retour vers l'humanisme, où la quête du bonheur est dominante.
  • Deuxième paragraphe : Montaigne utilise un exemple argumentatif. Il prend les conquérants de l'antiquité (César et Alexandre). Ce sont des exemples qui font autorité dans la culture humaniste. Montaigne souligne le fait que ces grands hommes n'ont pas mis entre parenthèses leurs besoins naturels. Au contraire, ils les ont laissés s'exprimer pour mieux servir leur tâche et leur stratégie (euphémisme à la ligne 11).
  • Troisième paragraphe : vivre est une activité illustre selon Montaigne. “Avez-vous su … ?” ⇒ La pensée, la philosophie et le sens des responsabilités constituent des tâches essentielles (La tournure superlative “la plus grande besogne de toute…”).

Les cibles de Montaigne

  • Ligne 1 : Critique implicite de la dispersion.
  • Troisième paragraphe : pronom personnel “nous” en début de paragraphe ; basculement du “je” au “nous” inclusif4). Utilisation du présent gnomique. Et du registre polémique ! ⇒ Invitation à la réflexion provocante. ⇒ Un jugement de valeurs dogmatique.
  • Recours au discours direct ⇒ Montaigne fait parler la doxa ; une stratégie de persuasion qui passe par des cas concrets.
  • Paradoxe : Montaigne combat une idée reçu : l'individu est toujours en action, même s'il ne fait pas de grandes actions. Ces besoins sont comblés au quotidien. Et puis, la réflexion, même contemplative, est toujours présente.
  • “Quoi, m'avez vous …” : apostrophe au lecteur via une question rhétorique. “C'est non, mais…” : latinisme accompagnée d'une gradation, du plus fondamental au plus illustre.
  • “Si l'on … de toutes” : Critique des individus qui cherchent une forme de glorification par les actes.
  • Lignes 15-16 : une citation illustrative soulignant la mauvaise foi d'une personne qui n'a pas voulu montrer ses propres talents, sa propre nature.
  • Quatrième paragraphe, ligne 23-24 : énumération d'actions futiles, vaines ou illusoires (“régner” vise les puissants, “thésauriser” les cupides, “bâtir” les matérialistes). Montaigne critique les ambitieux, allant à leur perte en s'oubliant. ⇒ Critique en filigrane (métaphore “appendices/accessoires” et tournure restrictive “n'en sont”) ⇒ L'âme de l'homme avant tout.
  • Ligne 21 : Paradoxe “composer des livres”. ⇒ Allusion à la rédaction des Essais. Même idée du rejet de la gloire ou de l'ambition
  • Ligne 20 : Énoncé de la thèse : ”Composer nos mœurs est notre propre devoir.” ⇒ Forger ses propres valeurs avant d'agir.
1) l'énonciation d'un énoncé déjà annoncé et évident. Des évidences en quelque sorte.
2) Le nom que l'on donne à l'ensemble des opinions de la population
3) Une démarche inductive est une démarche où l'argumentation par de l'exemple pour aller jusqu'à l'argument. C'est l'opposé du déductif.
4) Réunion de Montaigne et des ses lecteurs
fr/la24.txt · Dernière modification: 08/06/2012 16:59 par Eliah Rebstock
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